mercredi 1 janvier 2014

des vérités toutes simples
les douceurs que les gens
se souhaitent
suffiront
à étancher
mon amour de vivre
à ressusciter
l'ivresse de l'enfance
une main sur ton épaule
l'odeur de la paix
une guitare gorgée de soleil
j'ai envie d'aimer
toujours un peu plus

jeudi 14 novembre 2013

Madame la courge

La première fois que je vis son visage, je passai près de vomir. Laide comme ça, m'étais-je dit, elle doit avoir un permis pour sortir en public. Même les maringouins doivent se sauver sous les tas de fumier à l'approche de son ombre. Je plaignais ce pauvre foulard qui était contraint de vivre quelques heures par jour enroulé autour de ce cou visqueux sur lequel était posée une tête sordide ornée de semblants d'yeux poisseux, d'un nez quasi absent - plus facilement décrit comme étant deux orifices poilus approximativement centrés au-dessus d'une misérable paire de lèvres tremblotantes qui rappelaient deux barbottes moribondes prises dans un seau d'eau souillée. Eût-elle été une odeur, c'eût été celle d'un trou de cul de porc. Une couleur? Sans doute vert-caca d'oie. Un personnage de film? Jabba le Hutt.

Cette femme, cette chose, c'était la gardienne qu'avait choisie ma mère. Ses géniteurs avaient osé la prénommer Juliette, un prénom qui lui seyait aussi bien que la sauce hoisin à la meringue. 

« J'ai quatorze ans, maman. J'suis capable de me garder seul et de prendre soin de Sophie. J'ai pas besoin de ce crapaud-là... »

« Silence, mon p'ti effronté. Juliette va vous garder ce soir, et t'es mieux d'être fin avec. C'est vrai qu'elle est pas ben ben plus vieille que toi, mais elle a de l'expérience à garder des enfants et pas toi. On reviendra pas tard. »

Quand Ju-laitte se présenta en me tendant la main, je dus concentrer mes énergies à maîtriser les convulsions de dégoût que mon corps voulait m'imposer. Je m'en allai rapidement devant l'écran d'ordinateur, reclu dans ma chambre, fuyant tant bien que mal le souvenir insistant de cette figure répugnante en flinguant des aliens qui se chiaient le corps à l'approche de mon Duke Nukem. Pour me purifier la rétine, je tentais de me rincer avec la photo en 256 couleurs  d'une playmate d'Hustler que j'avais téléchargée d'un BBS, mais rien n'y faisait : l'atroce vision de cette harpie revenait frapper ma psyché et me replonger dans cet état de panique que doivent ressentir les victimes en situation de légitime défense.

Plus tard, alors que j'étais prostré sur le dos, étendu sur mon lit en répétant mon mantra Cindy Crawford, Cindy Crawford, Cindy Crawford, la coquecigrue vint frapper à ma porte, appelant mon nom de sa voix discordante.

« Va-t'en là, laisse-moi donc tranquille! »

Je m'endormis anormalement tôt, avant même que mes parents ne reviennent, et je ne me rendis même pas compte de son départ.

La deuxième fois que je vis son visage, c'était au cégep. Elle était toujours aussi affreuse, mais affichait une confiance nouvelle qui rendait l'anarchie de son apparence beaucoup plus approchable. J'évitais son regard à tout prix, honteux du comportement puéril que j'avais adopté lorsqu'elle m'avait gardé quelques années plus tôt. Elle réussit tout de même à me faire rougir en déclamant tout haut  que j'étais le petit gars qu'elle avait gardé quand il avait quatorze ans, devant ma blonde amusée, devant mes amis tout à fait ravis de cette anecdote.

Quant au reste (la troisième fois, la quatrième fois, etc.), ce n'est pas vraiment intéressant. Juliette devint une femme laide comme les autres. Dans le regard d'un adulte qui a appris à se dégoûter d'autres horreurs vraies, celles-là – et à s'indigner d'autres injustices que celles qui frappent les harmonies génétiques d'une femme somme toute douce et gentille, intelligente et agréable à côtoyer, aimée de ses proches et rayonnante de bonté. Si elle était un fruit, sans doute serait-elle une courge : véreuse, mais onctueuse et réconfortante en potage.

mardi 1 octobre 2013

elle avait dans le coeur une lune
quand elle disait qu'il fallait être heureux
ses lèvres crochissaient de maladresse
sa tristesse était douce comme le soir

je lui ai planté mes astres dans les veines
j'ai allumé des feux et j'ai oublié qu'il était midi
l'hypnose du brasier nous prostraient dans l'intimité
le bonheur, c'était le froid d'être ensemble

notre igloo fondait et j'ai aperçu des feuillages
des montagnes, des édifices, des oiseaux, des avions
au revoir petite nuit, petite chenille
j'ai revêti mon plumage d'été

lundi 26 août 2013

le repas de l'artificier

des filles
qui n'ont de belle
que leur jeunesse
l'esprit d'une poutine
et le cœur d'une crème glacée
des filles
que l'on incinère
comme des feux de bengale

mardi 20 août 2013

bâtir sur une beurée de moules

chers mollusques
ne serait-il pas enfin temps de construire
quitte à obstruer une partie du paysage
quitte à renoncer à cette liberté facile
qui a fait de la morale
l'ennemi du coeur
et du sens du principe
synonyme de mort prématurée
il me semble
qu'on a tellement voulu pouvoir choisir
qu'on a fini par ne plus ôser décider